Manger du kangourou pour sauver la planète...

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Manger du kangourou pour sauver la planète...

Message par vanou le Mer 18 Nov - 1:19

study Voici un article que j'ai trouvé intéressant, et bien écrit, au sujet des "kilomètres alimentaires" et de la taxe carbone. Il est signé:Baptiste Marsollat.


Adopter un comportement alimentaire sobre en carbone n'est pas vraiment simple. pale

En 1992, Stefanie Böge, une chercheuse allemande travaillant à l'Institut de Wuppertal pour le climat, l'environnement et l'énergie (Rhénanie du Nord-Westphalie), publiait une étude dans laquelle elle calculait la distance parcourue par l'ensemble des produits agricoles et industriels nécessaires à la fabrication d'un yaourt aux fraises commercialisé dans la région de Stuttgart. Si le lait et le sucre étaient d'origine locale, la confiture de fraise était produite à Aix-la-Chapelle, avec des fraises importés de Pologne; les pots en verre était acheminés de Neubourg (à une centaine de kilomètres de Stuttgart), les couvercles étaient fabriqués à Weiden, dans l'est du pays, à partir d'aluminium importé de Cologne; les cartons d'emballages provenaient d'Allemagne du Nord; la colle était fabriquée à Düsseldorf à partir de produits provenant de Hanovre et de l'étranger etc... Au total, d'après notre chercheuse, c'est pas moins de 9 115 kilomètres de transport qui étaient nécessaires à la production de ce yaourt aux fraises. Encore celui-ci ne faisait-il pas l'objet d'exportation... affraid

La conclusion, désormais classique, était qu'une consommation éco-responsable passait par l'achat de produits régionaux et de saison, conditionnés par les agriculteurs ou les producteurs eux-mêmes et vendus directement au consommateur. L'idée est simple: diminuer le nombre de «kilomètres alimentaires» - c'est-à-dire nécessaires à la fabrication et à l'acheminement de notre nourriture - permet de réduire la pression exercée par notre alimentation sur l'environnement, et en particulier son empreinte carbone.

L'idée est simple mais, si l'on s'en tient à cette dernière dimension (les émissions de gaz à effet de serre), elle est fausse. Ou à tout le moins grandement incomplète. D'abord parce que la distance parcourue n'est pas le principal paramètre à prendre en considération pour évaluer l'empreinte carbone associée aux «kilomètres alimentaires». Celle-ci dépend en grande partie des moyens de transport utilisés - leurs émissions respectives de CO2 étant très variables. Ainsi, selon l'Observatoire bruxellois de la consommation durable, le transport par bateau est responsable du rejet de 15 à 30 grammes de CO2 par tonne/km, le transport ferroviaire de 30 grammes de CO2 environ, le transport routier de 210 à 1 430 grammes (et davantage si le camion est réfrigéré) et le transport aérien enfin, de 570 à 1 580 grammes. Ainsi, un Américain résidant dans l'est des Etats-Unis et soucieux de réduire l'empreinte carbone de son alimentation, achètera-t-il de préférence des vins français, transportés par bateau, que des vins californiens, acheminés par la route...

Il convient ensuite d'attirer l'attention du consommateur éco-responsable sur le fait que, comme l'ont souligné deux chercheurs de l'Université américaine de Carnegie Mellon, Christopher L. Weber et H. Scott Matthews, dans une étude publiée en 2008 par la revue Environmental Science & Technology, l'essentiel de l'empreinte carbone de notre consommation alimentaire est associée à la production de la nourriture bien plutôt qu'à son transport.

Ainsi, aux Etats-Unis (mais les chiffres ne sont sans doute pas radicalement différents pour l'Europe), la fabrication des produits alimentaires serait responsable de 83% des rejets de gaz à effet de serre liés à l'alimentation, leur transport n'étant à l'origine que de 11% des émissions - la vente, en gros et au détail, étant responsable de l'essentiel des émissions restantes. En outre, parce que l'efficacité énergétique des grandes exploitations est généralement supérieure à celles des petites propriétés, l'empreinte carbone de la nourriture produite et distribuée localement par des petits producteurs régionaux peut se révéler plus importante que celle des produits importés ou/et dont le «contenu» en «kilomètres alimentaires» est élevé. Il est ainsi, par exemple, plus éco-responsable, pour un Américain, d'importer des pommes de Nouvelle-Zélande, où les rendements agricoles sont élevés pour une consommation énergétique faible, plutôt que d'acheter des pommes cultivés dans l'Etat de New York.

La mesure des «kilomètres alimentaires» offre donc une image très imparfaite de l'empreinte carbone liée au transport nécessaire à la fabrication et à la distribution de produits alimentaires, laquelle empreinte ne représente, à son tour, qu'une faible part de l'empreinte carbone globale associée à l'alimentation.

Adopter un comportement alimentaire sobre en carbone apparaît ainsi moins simple qu'il n'y paraît. Mais l'opération se complique encore lorsque le consommateur intègre de nouveaux éléments à son arbitrage: le caractère «bio» ou non des produits achetés, leur éventuelle labellisation «commerce équitable», l'impact, sur le commerce international en général et le développement des pays pauvres en particulier, de l'achat de produits locaux (nationaux, donc, plutôt qu'étrangers)...

Vaut-il mieux, par exemple, préférer systématiquement les «circuits courts» que d'acheter des produits importés, «bi » ou non, «équitables» ou non, au risque de déstabiliser l'économie, souvent fragile et rarement florissante, des pays exportateurs? Le problème tient notamment au fait que le mouvement en faveur de l'alimentation locale ne séduit pas seulement des «citoyens du monde», simplement soucieux de protéger l'environnement, mais offre aussi un providentiel cache-sexe aux thèses protectionnistes.

Réduire l'impact climatique de son alimentation sans déstabiliser, même faiblement, les économies exportatrices et faire ainsi «le jeu» des protectionnistes apparaît donc particulièrement mal aisé. Il existe cependant, pour le consommateur éco-responsable, un moyen plus simple et plus efficace que de «manger local» pour réduire l'empreinte carbone de sa consommation: changer son régime alimentaire. Réduire sa consommation de viande rouge et axer davantage son alimentation sur le poulet, le poisson, les œufs, les fruits et légumes permet en effet de diminuer les émissions de méthane - gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement global est 25 supérieur à celui du CO2 - résultant des flatulences des vaches.

Une autre option pourrait aussi consister à manger non plus du bœuf mais du... kangourou - ce dernier n'émettant pas de méthane. Gageons que cette solution n'enchantera cependant ni les éleveurs hexagonaux ni les écologistes - qui ne manqueraient pas de s'inquiéter de l'importance des émissions de CO2 résultant de l'acheminement, depuis l'Australie, des sympathiques animaux... elephant cat pig alien
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Re: Manger du kangourou pour sauver la planète...

Message par Gaïa le Dim 22 Nov - 12:17

Merci Vanou pour cet article très intéressant: tout n'est pas en effet aussi simple qu'il y parait et on a vite fait de raisonner de manière faussée !
Le must pour nous ne serait-il donc pas de produire en France du kangourou et de l'acheminer en péniche sur nos beaux canaux? A méditer !
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